M. Arthur SERVIER
Soutiendra mardi 30 juin 2026 à 14 h
Salle des Actes n° 011 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1
une thèse de DOCTORAT
Discipline : Histoire spécialité Histoire militaire
Titre de la thèse : Les militaires français internés en Suisse durant la seconde guerre mondiale
Composition du jury :
- M. Robert BELOT, Professeur, Université Jean Monnet
- M. Xavier BONIFACE, Professeur, Université de Picardie Jules Verne
- Mme Magali CHARREIRE, Maîtresse de conférences, Université de Montpellier Paul-Valéry
- M. Jean-François MURACCIOLE, Professeur, Université de Montpellier Paul-Valéry, directeur de thèse
- Mme Fanny PASCUAL, Maîtresse de conférences, Université de la Nouvelle-Calédonie
Résumé de la thèse :
En juin 1940, la Suisse accueille 42 000 militaires français, polonais mais aussi belges assimilés au 45e Corps d’armée français. Cette situation n’a rien d’inédit pour le petit État neutre. D’abord en 1871, avec les 87 000 hommes de l’Armée de l’Est, puis entre 1916 et 1919, avec des prisonniers malades hospitalisés, la Suisse n’interne pas des militaires français pour la première fois. Ces situations sont partiellement encadrées par le droit international, notamment la convention de la Haye V de 1907. Cependant, l’internement de 1940 montre que Berne prend une certaine liberté avec le rapatriement avant le règlement du conflit des 29 000 internés français. De même, lors de l’internement de résistants à la fin du conflit, des réflexions émergent concernant la politique à adopter. Au-delà de Berne, l’intérêt de Vichy pour le sujet, tout comme la relative clémence de Berlin, questionnent.
L’interné de 1940 ne provient pas d’une formation militaire prestigieuse ni d’une population prioritaire pour la reconstruction du pays. Il est originaire de plusieurs régions dispersées, est âgé de plus de trente ans et provient d’unités de second rang. Si ses conditions d’internement sont favorables, notamment en comparaison de celles d’internés d’autres nationalités, et que l’interné français peut potentiellement alimenter une main d’œuvre bienvenue pour les Suisses, il demeure tout de même un poids aux yeux des autorités suisses.
Au demeurant, l’interné français bénéficie d’un traitement favorable en raison de sa position, au croisement de plusieurs enjeux importants du conflit. L’internement du 45e Corps constitue un enjeu médiatique d’abord pour Berne, car le sujet associe les notions de neutralité et d’humanitarisme, chères à l’identité nationale suisse. Mais il l’est également pour Vichy, qui a besoin d’afficher des succès dans la libération des 1,6 millions de prisonniers de guerre. Les internés représentent aussi un enjeu financier, en raison du coût important de leur internement, véritable pomme de discorde entre les Français et les Suisses. Enfin, pour Berlin, libérer les internés offre une occasion de laisser miroiter à Vichy une clémence dans le traitement de la question des prisonniers de guerre, tout en obtenant quelques avantages, notamment avec le rapatriement des volkdeutsche alsaciens et la récupération de l’armement français.
Quant aux internés de 1944, s’ils constituent un contingent réduit, ils s’inscrivent dans une série de rapports mutuellement bénéfiques entre la Résistance française et Berne.
Les internés de 1940 ont bénéficié d’une surmédiatisation durant la période où ils sont rapatriés. Cependant celle-ci est suivi d’un long oubli, malgré la présence dans leurs rangs de plusieurs futures figures résistantes ou gaullistes, comme le futur général Dejussieu-Pontcarral ou encore le futur député Jean-Paul Palewski. Oubliés en France, méconnus en Suisse, leur mémoire a avant tout été entretenue par des amicales d’anciens internés ou de leurs familles.
En définitive, les internés français témoignent de la manière dont la Suisse a pu manœuvrer pour défendre sa position d’État garant du droit international, nécessaire à l’unité politique du pays, tout en l’aménageant face à la nécessité de prioriser la protection du territoire des menaces extérieures.
____________________________________
In June 1940, Switzerland took in 42,000 French and Polish soldiers, as well as Belgian troops incorporated into the French 45th Army Corps. This situation was by no means unprecedented for the small neutral state. First in 1871, with the 87,000 men of the Army of the East, and then between 1916 and 1919, with sick prisoners in hospital, this was not the first time Switzerland had interned French soldiers. These situations were partly governed by international law, notably the Hague Convention (V) of 1907. However, the internment of 1940 shows that Bern took certain liberties with the repatriation of the 29,000 French internees before the conflict had been resolved. Similarly, during the internment of resistance fighters at the end of the conflict, questions arose regarding the policy to be adopted. Beyond Bern, Vichy’s interest in the matter, as well as Berlin’s relative leniency, raise questions.
The internee of 1940 did not come from a prestigious military background, nor was he part of a group prioritised for the country’s reconstruction. He hailed from various scattered regions, was over thirty years old, and had served in second-tier units. Although his conditions of internment were favourable, particularly in comparison with those of internees of other nationalities, and although the French internee could potentially provide a welcome source of labour for the Swiss, he nevertheless remained a burden in the eyes of the Swiss authorities.
Moreover, the French internees were treated favourably due to their position at the intersection of several key issues of the conflict. The internment of the 45th Corps was a media issue primarily for Bern, as the subject combined the concepts of neutrality and humanitarianism, which were central to Swiss national identity. But it was also a key issue for Vichy, which needed to demonstrate success in securing the release of 1.6 million prisoners of war. The internees also represented a financial issue, due to the significant cost of their internment, a real bone of contention between the French and the Swiss. Finally, for Berlin, freeing the internees offered an opportunity to dangle the prospect of leniency towards Vichy in the handling of the prisoner-of-war issue, whilst securing certain advantages, notably the repatriation of Alsatian Volksdeutsche and the recovery of French armaments.
As for the internees of 1944, although they formed a small group, they were part of a series of mutually beneficial relationships between the French Resistance and Bern.
The internees of 1940 received a great deal of media attention during the period when they were repatriated. However, this was followed by a long period of neglect, despite the presence among their ranks of several future figures in the Resistance or Gaullist movement, such as the future General Dejussieu-Pontcarral or the future MP Jean-Paul Palewski. Forgotten in France, little known in Switzerland, their memory has been kept alive primarily by associations of former internees or their families.
Ultimately, the French internees bear witness to the way in which Switzerland was able to manoeuvre to defend its position as a guarantor of international law—a role necessary for the country’s political unity—whilst adapting it to the need to prioritise the protection of its territory from external threats.







